"Ma Nimzowitsch bien-aimée" (1.e4 Cc6)
Aaron Nimzowitsch était l'une des grandes figures de l'histoire des Échecs et un pionnier de la théorie moderne du jeu. Son nom est associé pour la première fois à la défense 1.e4 Cc6 lorsqu'il l'a joué contre Duras à Ostende en 1907. La défense Nimzowitsch est une ouverture d'Échecs dite "hypermoderne" qui permet aux Blancs de contrôler le centre, mais donne aux Noirs une approche non conventionnelle du jeu et, malgré sa mauvaise réputation, peut amener l'adversaire à commettre une faute assez rapidement s'il ne connait pas bien les tenants et les aboutissants. En effet, les Noirs veulent forcer leur adversaire à sortir des sentiers battus et à jouer des positions assez inhabituelles. C'est en prenant ces risques qu'on peut qualifier cette ouverture de « combat ».
Tout d'abord, je tiens à préciser ici qu'il ne s'agit pas d'énumérer une multitude de variantes et de transpositions possibles de cette ouverture peu fréquente dans la pratique des échecs mais plutôt d'entamer une approche sereine et didactique de ce début.
D'ailleurs, si je l'utilise régulièrement dans mes jeux, ce n'est pas pour réciter l'encyclopédie des ouvertures mais pour me faire plaisir... c'est la règle d'or du « joueur paresseux » !
C'est pourquoi, je vais tenter de présenter et d'expliquer quelques lignes principales et ne pas trop m'attarder sur celles que je connais moins ou pas (... oui, je suis vraiment paresseux).
Mais avant cela, je souhaite faire un détour historique sur la genèse de cette ouverture.
Le grand maître russe (la Lettonie faisait partie de l'Empire russe au moment de sa naissance en 1886) n'en est pas l'inventeur car elle était déjà connue au XVIe siècle.
Elle fut introduite en compétition par Kennedy et Williams au milieu du XIXe siècle et a été mise sur le devant de la scène par les frères Paulsen et un certain Eduard Fischer (... Bobby, si tu m'écoutes ?!) dans les années 1860.
Néanmoins, elle fut « réintroduite » et étudiée en profondeur par Nimzowitsch au lendemain de la Première Guerre mondiale (1919).
Maintenant que je vous ai parlé de ces faits historiques, je vais pouvoir vous assommer avec la Théorie, c'est parti !

Comme je vous l'ai dit, je ne vais pas m'attarder sur toutes les variantes MAIS sur quelques-unes d'entre elles et je commencerai par les moins courantes et terminerai par les réponses principales pour les Blancs.
1.e4 Nc6 2.f4
1.e4 Nc6 2.Bb5
1.e4 Nc6 2.Nc3
1.e4 Nc6 2.Cf3
1.e4 Nc6 2.d4

J"espère que je ne vous ai pas perdu en cours de route dans ce col "hors catégorie" digne des plus grandes étapes de montagne du Tour de France cycliste !
J'avais sciemment minimisé la large (... et laborieuse) partie théorique de cette ouverture pour ne pas vous effrayer et garder votre attention après le départ de l'étape.
C'est pourquoi, je vais vous proposer maintenant quelques parties illustratives pour que vous puissiez souffler un peu et vous remettre de vos émotions.

La première partie fut remportée par le grand Nimzowitsch lui-même face à un de ces illustres contemporains.
Dans la partie suivante, nous allons voir le jeune Bobby Fischer faire ses premiers pas dans l'arène internationale et ne pas trouver l'antidote pour résoudre l' "équation nimzovienne" !
Celle qui suit est plus mouvementée et voit l'un des amis de Fischer, le grand Svetozar Gligoric, se tromper de chemin face au Cubain Gilberto Garcia, avant que ce dernier ne craque à son tour et finisse par offrir la victoire au Serbe.
Maintenant que nous approchons de la fin de notre voyage, je ne pouvais pas m'empêcher de vous soumettre cette miniature infligée par le GM allemand Rainer Knaak à l'ancien secondant du champion du monde Tigran Petrosian.
Il y a une vingtaine d'années de cela, la partie précédente a été une source d'inspiration pour disputer la mienne en interclubs !
Voilà, j'espère que cette virée dans les contrées obscures du pays de Nimzowitsch vous a plu et qu'elle va vous inspirer dans vos prochaines joutes échiquéennes.
